| Resume |
Au Bénin, la mendicité touche généralement des enfants de familles vulnérables au sein desquelles ils éprouvent une certaine carence affective ou éducative. Cet article vise à analyser les logiques qui sous-tendent l’implication des enfants dans la mendicité. Il résulte d’une investigation réalisée dans trois villes béninoises (Cotonou, Parakou et Malanville) en 2014 auprès d’un millier d’enfants et autres acteurs susceptibles de l’influencer. La démarche méthodologique du volet qualitatif fait appel à la technique de « boule de neige » qui a permis d’interroger 71 acteurs (enfants mendiants, commanditaires, employeurs, intermédiaires, acteurs de lutte contre le phénomène, etc.) sur leurs vécus et perceptions du phénomène. Les résultats mettent en évidence deux formes de mendicité touchant des enfants majoritairement d’âge scolaire. La première (affichée), quasi-permanente concerne des enfants d’origine étrangère et les talibés. La seconde ("clandestine") mobilise plutôt des enfants béninois migrants ou en déficit de parentalité. Si la mendicité "clandestine" est attribuée à l’"instinct de survie", celle affichée semble plutôt préméditée et participe d’une dynamique socioéconomique abusivement associée aux us et coutumes des milieux de vie des enfants. Elle ressemble à une stratégie de mobilisation de ressources au profit des tiers alors que pour l’enfant mendiant, elle engendre plutôt une forme de supplice que complexifie l’incertitude entourant le gain escompté. Au regard de sa pénibilité et de son coût, la mendicité devient peu rentable pour l’enfant. |