| Resume |
On a pu penser qu’à l’opposé de la tradition scientifique occidentale qui valorise l’esprit critique, les systèmes de savoirs africains sont le règne du dogmatisme. Ce jugement devrait être plutôt nuancé, pour peu qu’on soit attentif au mode de fonctionnement de ces systèmes. L’examen du fa, un système de divination d’origine ouest-africaine, permet de mettre en lumière, au-delà de la manifestation de l’esprit critique, une véritable tradition critique que valorisent volontiers les acteurs du système. C’est ainsi que, en dépit de l’autorité établie et reconnue des bokonon, c’est-à-dire des maîtres du système, le verdict rendu par ces derniers est susceptible d’être remis en cause par le consultant qui peut, dès lors, solliciter la contre-expertise d’un autre. De même, et dans le souci de rendre un verdict oraculaire affranchi de toute subjectivité, les bokonon, les maîtres du système, n’hésitent pas à solliciter, en cas de doute, la contre-expertise de leurs collègues. Cette tradition critique est, cependant, plombée par un corps de croyances qui en limitent considérablement la portée théorique. Il s’agit là, certainement, de l’un des paramètres sur lesquels on pourrait jouer pour libérer davantage les savoirs dits traditionnels ou endogènes et les rendre plus performants. |